Le changement climatique est-il une menace existentielle pour l’humanité ?
Chaque été, les records de température tombent. Les récoltes souffrent, les glaciers reculent, les feux de forêt gagnent en intensité. Le changement climatique n’est plus une projection lointaine : ses effets touchent déjà des milliards de personnes. Mais parler de menace existentielle pour l’humanité, est-ce exagéré ou lucide ?
Climat et santé publique : des indicateurs au plus haut
Avant de parler d’extinction, il faut regarder ce qui se passe dans les hôpitaux et les champs. Le Lancet Countdown 2025, publié le 29 octobre 2025, signale que 12 de ses 20 indicateurs de santé climatique ont atteint des niveaux records.
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Concrètement, cela veut dire davantage de décès liés à la chaleur depuis les années 1990. Les personnes âgées, les enfants et les travailleurs en extérieur sont les premiers exposés. Un épisode caniculaire ne tue pas seulement par hyperthermie : il aggrave les maladies cardiovasculaires, respiratoires et rénales déjà présentes.

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Un autre chiffre du même rapport mérite attention. L’exposition aux fumées d’incendies a été associée à environ 154 000 décès en 2024. Ce ne sont pas des victimes directes des flammes, mais des personnes tuées par la pollution atmosphérique issue des feux. Les particules fines voyagent sur des centaines de kilomètres et contaminent des populations éloignées du front de l’incendie.
Le risque climatique n’est donc pas un risque futur et abstrait. C’est un risque sanitaire mesurable, documenté année après année, qui s’ajoute aux crises existantes.
Inégalités face aux catastrophes climatiques : qui paie le prix fort ?
Vous avez remarqué que les images de catastrophes climatiques viennent souvent des mêmes régions ? Ce n’est pas un biais médiatique. Selon l’Organisation météorologique mondiale, l’Asie et l’Afrique concentrent plus de 80 % des décès liés aux événements météorologiques extrêmes ces dernières années, pour au moins la moitié des événements recensés.
Cette répartition s’explique par trois facteurs cumulatifs :
- Des infrastructures moins résistantes aux inondations, cyclones et vagues de chaleur, faute de moyens financiers pour les renforcer.
- Une dépendance plus forte à l’agriculture pluviale, qui rend les populations vulnérables au moindre dérèglement des précipitations.
- Un accès limité aux systèmes d’alerte précoce et aux soins d’urgence, ce qui augmente la mortalité lors de chaque crise.
Parler de menace existentielle « pour l’humanité » au singulier masque cette réalité. Le réchauffement climatique ne menace pas tout le monde de la même manière. Les États les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre subissent les conséquences les plus lourdes.
Scénarios catastrophe et points de bascule : ce que la science décrit
Le GIEC utilise plusieurs scénarios pour modéliser l’avenir. Les conséquences varient énormément selon la trajectoire choisie. Avec un réchauffement limité à 1,5 °C, les impacts restent graves mais gérables pour la plupart des sociétés. Au-delà, les risques changent de nature.
Ce qui inquiète les scientifiques, ce sont les points de bascule. Un point de bascule, c’est un seuil au-delà duquel un système bascule de façon irréversible. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland en est un exemple souvent cité : passé un certain niveau de réchauffement, la fonte s’auto-entretient même si les émissions cessent.
Le dépassement même temporaire de 1,5 °C entraînerait des conséquences irréversibles, selon le dernier rapport du GIEC. Certains écosystèmes marins et terrestres ne se rétabliraient pas, même avec un retour ultérieur sous ce seuil.

Le mot « existentiel » prend alors un sens précis. Il ne signifie pas nécessairement l’extinction de l’espèce humaine. Il désigne la possibilité que des sociétés entières perdent les conditions matérielles de leur existence : terres cultivables submergées, ressources en eau douce taries, villes rendues inhabitables par la chaleur.
Réchauffement climatique et risques en cascade
Le climat ne fonctionne pas en silo. Un dérèglement en déclenche d’autres, créant ce que les chercheurs appellent des risques en cascade.
Une sécheresse prolongée réduit les récoltes. La baisse de production alimentaire fait monter les prix. La hausse des prix fragilise les populations les plus pauvres. Les tensions sociales s’aggravent. Les migrations augmentent. Les États déjà fragiles peinent à répondre.
Ce mécanisme n’est pas théorique. Il a déjà été observé à plusieurs reprises dans des régions du Sahel, de la Corne de l’Afrique et d’Asie du Sud. Chaque crise climatique s’ajoute aux crises politiques, économiques et sanitaires préexistantes.
- Les crises alimentaires aggravent les conflits existants dans les zones déjà instables.
- Les déplacements de populations créent des pressions sur les régions d’accueil, souvent elles-mêmes vulnérables.
- Les pertes économiques réduisent la capacité des États à investir dans l’adaptation, ce qui amplifie les impacts futurs.
La baisse ponctuelle des pertes économiques liées au climat dans certaines régions ne doit pas masquer cette dynamique. Les coûts diminuent là où les infrastructures sont solides, mais explosent là où elles ne le sont pas.
Menace existentielle : que signifie réellement cette expression ?
Qualifier le changement climatique de menace existentielle ne revient pas à prédire la fin de l’humanité dans les prochaines décennies. Les scientifiques du GIEC ne décrivent pas un scénario d’extinction à court terme.
En revanche, ils décrivent un monde où les conditions de vie se dégradent à une échelle sans précédent si les émissions ne sont pas réduites de façon drastique. La menace porte sur les conditions d’existence, pas sur l’existence biologique de l’espèce. La nuance compte.
Un monde à plus de 2 °C de réchauffement reste habitable pour une partie de la population. Mais il devient hostile pour des centaines de millions de personnes, principalement dans les pays à faibles revenus. Les conséquences se mesurent en vies perdues, en terres abandonnées, en sociétés déstabilisées.
La question n’est donc pas de savoir si l’humanité va disparaître. Elle est de savoir combien de personnes vont perdre accès à une vie viable, et à quelle vitesse. Les données du Lancet Countdown et du GIEC indiquent que ce processus est déjà en cours. Chaque fraction de degré supplémentaire aggrave la situation, et chaque année de retard dans la réduction des émissions réduit la marge de manœuvre disponible.